Eleonore Lubna

Quai de la Gabelle propose au travers de plusieurs chapitres, différentes actions et gestes réalisés avec des familles Roms.
Les Roms concernés vivaient, lorsque le projet a commencé, dans des maisons abandonnées situées au bout d’un quai le long du Rhône (Quai de la Gabelle, Arles), le site a été habité pendant deux ans par quatre vingt personnes. Ce “camp”, rebaptisé par les habitants
Quai de la Gabelle, a donné son nom aux recherches suivantes.

En octobre 2015, les habitants ont été expulsés et ont reconstruit, plus loin.

Au regard de l’actualité et de la difficile condition des « camps » Roms en France j’ai proposé à certains habitants de ce quai de travailler collectivement, afin de réaliser des transpositions entre leur lieu de vie et un espace d’exposition. Ce travail collectif avait pour but de mettre en avant des aspects moins analysés de leur quotidien. En abordant, dans un premier temps, cet espace et ses habitants par le prisme de la photographie, le travail collaboratif s’est ensuite imposé. Témoigner en photographie d’une réalité, sans pouvoir matérialiser notre rencontre, nos idées communes et nos désirs de « faire » ensemble, nous ont amené à penser ensemble cette recherche formelle.

Il fallait construire des objets ou des fêtes, il fallait leur regard pour sélectionner des images, il fallait simplement filmer et parfois même arrêter de filmer parce que les événements devenaient trop dif- ficiles et qu’il fallait alors réagir autrement encore.
Il fallait associer nos pratiques, nos expériences pour qu’une recherche plastique puisse exister, et traduire autre chose que la misère et la précarité.

Ces huit chapitres sont autant d’actions et de gestes qui tentent de dévoiler la complexité et les écarts existants entre ce que l’on voudrait que soient les Roms (les comportements et positions auxquels doivent se cantonner ces gens pour exister) et ce qu’ils sont réellement (et ce qu’ils sont en devenir). L’expérimentation formelle et sa monstration en étant les moyens ici.

En considérant l’espace d’exposition comme un lieu offrant des libertés de représentations, des surfaces vierges à investir et où, des expériences peuvent être racontées, nous avons travaillé à partir de différents savoir-faire (artisanal, communautaire, etc.) et faits existants (expulsion, installation, etc.) dans le but de les souligner autrement.

Cette recherche peut donc être perçue comme un “pont” entre ici et la bas. Elle est dans tout les cas une tentative de lier deux espaces: en amenant dans l’un des récits d’expériences, des images, des objets provenant de l’autre et qui, potentiellement, pourront raisonner dans l’esprit des Roms ainsi que dans celui des spectateurs comme une alternative à un ordre établi. 

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