eleonore lubna

Quai de la Gabelle est un travail photographique et vidéo mené avec les habitants d’un camp Rom à Arles. Durant plusieurs mois, j’ai régulièrement rendu visite aux habitants, me retrouvant rapidement confrontée à un profond décalage entre ce qu’il m’était donné de voir des familles rencontrées et ce que j’avais pu lire dans les médias, ou entendre dans des discours, prononcés par certains élus et candidats à des postes de responsabilités politiques, à propos des conséquences de cette migration nouvelle. 

J’ai multiplié les manières de photographier ce lieu et les gens y vivant : en utilisant différents boitiers, alternant entre photographie et vidéo, documentant parfois, mettant en scène d’autre fois. Rapidement, il m’a semblé nécessaire d’inclure ceux que je photographiais à ma réflexion plastique et politique. De cela est né 9 juillet 2015, une soirée de projection organisée avec les habitants afin d’attirer l’attention sur l’évacuation du bâtiment qui était imminente à l’époque. Nous avions cette nuit là associé leur hospitalité au protocole d’exposition, invitant ainsi les spectateurs des Rencontres de la photographie d’Arles à prendre conscience de la situation du camp. 

Le bâtiment principal et le camp collé à celui-ci ont été évacués trois mois plus tard. Une partie des familles ont alors cherché un autre endroit où s’installer. Du fait des conséquences de cette expulsion, de la recherche et de l’achat de nouveaux matériaux pour construire des cabanes et du climat d’incertitude qui dominait m’est venu la volonté que tout ce travail photographique soit exposé sur un support que nous construirions, et non pas encadré et disposé sur des murs. 

Cette idée me semblait faire écho à la situation extrêmement précaire dans laquelle se trouvaient les gens, il fallait montrer les photographies tout en rappelant le contexte. 

Aujourd’hui, je présente ces photographies principalement sous forme de planches-contacts. Elles sont une référence au travail en cours du photographe, mais aussi, ici, évoquent mon incapacité, ou encore, le refus qui m'animait, de représenter en une série d'images linéaire, ce quai et ses habitants.

 

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