eleonore lubna


Nous avons dû organiser notre propre protection. Chaque jour, l’un d’entre-nous garde l’entrée. Nous avons aussi barricadé de nombreux accès au bâtiment. Le sanatorium de Dzherelo est habité depuis le début du conflit par des déplacés qui y ont trouvé refuge. Nous étions des centaines au début, nous ne sommes plus que quatre-vingt-six aujourd’hui. En mars dernier, le bâtiment a été attaqué par une milice qui voulait s’accaparer les lieux, propriété de l’état jusqu’à la révolution de Maidan.

We’ve had to organize our own protection. Every day, one of us guards the entrance. We’ve also barricaded many of the building’s entrances. The Dzherelo sanatorium has been occupied by displaced refugees since the beginning of the conflict. There were hundreds of us at first; there are only eighty-six today. Last March, the building was attacked by a militia that wanted to take over the place, which was state property until the Ukrainian Revolution.

Je me souviens du changement de Horlivka. Je me souviens, un matin en partant travailler, avoir vu plusieurs feux dans la ville. Ils brûlaient des pneus. Je me souviens encore, avoir vu un rassemblement devant le commissariat principal. Le lendemain, ils étaient bien plus nombreux. Je me souviens, aussi, de ne plus voir le drapeau ukrainien devant l’hôtel de ville, mais celui de la république populaire de Donetsk.
Il y avait des gens armés dans toute la ville. C’était le printemps.

I remember the change in Horlivka. I remember going to work one morning and seeing several fires in the city. They were burning tires. I still remember seeing a gathering in front of the main police station. The next day, there were a lot more people. I also remember the Ukrainian flag in front of the city hall disappearing; the flag of the Donetsk People’s Republic was there instead. There were people carrying guns all across town. It was spring.

Je suis partie dès le début du conflit. Mes parents, eux, ont voulu rester, avec mon jeune frère qui habitait encore chez eux. Ils ont vécu deux ans comme ça, littéralement sous les bombes. Mon père est mort. Nous sommes allés chercher ma mère. Depuis, chaque jour, elle me demande quand elle pourra rentrer. Ma mère a vécu trois guerres. Moi, je suis née au Tadjikistan. Mes parents y avaient été envoyés pour travailler au temps de l’Union Soviétique. Elle était infirmière, mon père électricien. A la fin de l’URSS, nous n’avions plus notre place là-bas. Nous sommes rentrés en Ukraine, dans les premiers temps à Novokievka. Puis nous nous sommes installés dans le Donbass, à Tsarevk. Ce furent de belles années, nous avions planté un arbre près de la maison de mes parents. Nous avions grandi, mais nous allions leur rendre visite souvent. 

I left at the beginning of the fighting. My parents wanted to stay, though, along with my young brother who was still living with them. They lived like that for two years, with bombs literally dropping on them. My father died. We went to find my mother. Since then, she asks me every day when she can go back. My mother has lived through three wars. I was born in Tajikistan. My parents were sent there to work under the Soviet Union. She was a nurse, and my father an electrician. After the fall of the USSR, we no longer had a place there. We returned to Ukraine, to Novokievka at first. Then we went to Tsarevk in the Donbas. Those were good years; we had planted a tree next to my parents’ house. We were grown up but we visited them often.

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